Rencontre avec Jean-Paul Schmitt, vigneron en biodynamie à Scherwiller


04 mars 2021

Comment les viticulteurs s’adaptent-ils à la crise actuelle ? Eléments de réponse avec Jean-Paul Schmitt, vigneron à Scherwiller depuis 27 ans.

 

 « Je suis vigneron sur un domaine de 8 hectares et demi, exclusivement situé sur les territoires du Rittersberg. Un terroir magnifique qui se situe sous le château de l'Ortenbourg, sur les hauteurs de Scherwiller, et nous sommes en production de vin biodynamique, donc labellisé Demeter depuis maintenant pas mal d'années ».

Qu'est-ce que ça veut dire Demeter pour les personnes qui ne savent pas forcément ? C’est plus poussé que le label agriculture biologique ?

« Le label Demeter certifie un domaine qui est en biodynamie. Souvent, les domaines démarrent leur changement dans une première phase, dans laquelle nous sommes en production biologique. Nous devons obéir à un cahier des charges précis, lorsque nous décidons d’aller plus loin, dans la démarche environnementale et le renforcement des forces de vie. Ce cahier des charges est donc beaucoup plus strict, il nous impose toute une manière de protéger et d'accompagner le vignoble. Il nous régit aussi sur la vinification, c’est-à-dire en cave. La vinification est plus naturelle, il y a donc très peu d'intrants, idem dans le vignoble, où les préparations autorisées sont très limitées et d'origine naturelle, végétale ou minérale ».

Qu’est qui vous a poussé à vous tourner vers cette production, est-ce pour entretenir le sol, la terre ou plutôt pour avoir un goût différent sur vos vins ?

« Il y a un peu de tout ça. Il y a l'envie d'aller plus loin sur la marque du terroir, sur les vins. A travers l'expérience de copains vignerons, la compréhension de la biodynamie a constaté que le comportement du vignoble est beaucoup plus résiliant. Nous pouvons parler de cela, aujourd'hui avec le changement climatique mais aussi avec le comportement de la vigne, elle est belle et épanouie. Nous ressentons les forces de vie et cela nous incite à aller dans ce style de production ».

Comment pourriez-vous décrire votre vin ? Quel est leur typicité ? Qu'est-ce qui fait que, quand on goûte un de vos vins, on se dit qu’il vient de votre domaine ?

« Il y a l’influence du lieu, de la vinification et celle du vigneron. Pour ma part, je suis un accompagnateur, donc je vais essayer de produire les plus beaux raisins possibles. Et en cave, j'accompagne, tout simplement. Dans notre domaine, vous allez retrouver des vins d'une grande pureté, une grande intensité, beaucoup de digestibilité, une forme d'élégance, c'est les gens qui me le disent, toujours une fine minéralité qui s'exprime. Nous avons des vins de garde, on se rend compte que nos vins se goûtent très bien au bout de 10 ans et nous avons aussi des vins très gastronomiques qui ont large spectre de service à table ».

Quand vous parlez de lieu, on parle de lieu géographique et d'ensoleillement mais aussi du sol, Quel est la typicité du sol ici ? Comment est-ce qu'on peut la retrouver aussi dans vos vins ?

« Un lieu-dit, un terroir, un premier cru, un grand cru, c'est toujours un ensemble de choses donc c'est un micro climat et c'est la géologie du lieu qui est souvent complexe. Dans la Rittersberg, nous sommes sur des sols granitiques, donc plus ou moins décomposés. Ce sont plutôt des structures sableuses, caillouteuses et granitiques, avec des présences d'argile et par endroit, des présences de calcaire qui ont été déposées il y a très longtemps par le vent ».

Avec la crise sanitaire, les restaurants, les hôtels sont fermés. Comment cela se passe en terme de distribution. Est-ce que vous ne vous retrouvez pas avec du stock sur les bras ?

« Toute la profession caviste, gastronomique et hôtelière s’est retrouvée quasiment à l'arrêt, à ce niveau-là. Les ventes ont vraiment chuté et cela nous impacte. Nous essayons de garder le lien au maximum avec cette profession, il y a beaucoup de visites de sommeliers et cela nous rend très heureux. En ce moment, il y a des réservations de vins, dès que les restaurants vont réouvrir ils vont reprendre, il faut passer le cap ! Concernant la vente aux particuliers, ici nous recevons beaucoup de monde. L’année dernière, au moment du confinement, nous avons très vite rebondi, dès que le confinement était levé. C’est donc la preuve que les gens retrouvent vite l'envie de célébrer des événements et d'ouvrir une bouteille, puisque le vin, c’est un moment de partage, que ce soit avec ses amis ou les gens que l’on aime. L’exploitation a ressenti un coup d'arrêt l'année dernière mais nous sentons que cela va reprendre, il y a des signes qui nous rendent optimistes. Tout est un peu bouleversé, nous essayons de reprendre un peu la vente par correspondance, c’est-à-dire inciter les gens à se faire livrer du vin, et ça marche bien. Il y a des gens qui nous sont fidèles notamment pour notre style de vin, qui aiment bien leur vigneron. Il faut juste passer le cap, c'est un peu plus difficile au niveau du business mais nous n’allons pas nous plaindre, je pense qu’il y a des situations plus complexes. Effectivement, nous avons du stock mais nous avons l’habitude de travailler avec du stock, donc c’est notre sécurité. Et puis nos vins s'expriment mieux au bout de 2-3 ans donc pour nous, ce n’est pas un souci ».

 

Crus du Rittersberg

Domaine Jean-Paul Schmitt - Hühnelmühle

2 route du Sel - 67750 Scherwiller

www.vins-schmitt.com

www.facebook.com/vins.schmitt

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Propos recueillis par Pablo DESMARES - © Crédit photo : Pablo DESMARES / AZUR FM